par PG

Drôle de campagne

Les lampions de l’élection du maire sont en train de s’éteindre, dans une belle euphorie, tout à fait normale après une nette victoire. Qu’en retenir ? Dinard a-t-elle était libérée comme le prétendait une candidate ? Y a-t-il une mobilisation générale comme le réclamait l’ancien maire ? Cette terminologie digne des derniers conflits mondiaux va-t-elle permettre de trouver un Dinard apaisé, après la victoire, unis pour Dinard derrière le nouveau maire ? On voudrait y croire, mais cela semble improbable tant la campagne qui vient de se dérouler est restée relativement vide de projet, y compris pour le maire élu. Si l’on compte les délais de prise en main des dossiers et la prochaine période pré campagne municipale, il reste à peine deux ans et demi à l’équipe en place pour faire avancer Dinard. Et face à la réalité administrative des dossiers, cette durée est trop faible pour avoir un impact significatif. Dans la vie municipale, si deux demi-mandats représentent bien 6 ans, ils ne font pas une somme arithmétique de projets (1 + 1 = 2), et dans notre cas, peuvent même se neutraliser. De quoi énerver plutôt qu’apaiser les Dinardais alors que leurs attentes sont grandes, à la hauteur de la ferveur qui leur a fait voter J.C. Mahé !

La campagne 2020 est déjà lancée

Le maire lui-même a déjà lancé sa succession en annonçant qu’il ne ferait que ce demi-mandat. Dans le cadre de cette future élection (moins de trois ans), il est à prévoir que les conseils municipaux seront animés, chacune des listes voulant se mettre en valeur pour 2020. Des pugilats en préparation, d’autant plus que le nouveau maire a décidé de ne pas limiter les débats. Il faudra faire, de plus, avec une double minorité ! Espérons qu’il pourra maintenir cette liberté de parole, sous réserve que les « opposants » veuillent jouer le jeu, les bonnes intentions de départ s’érodant au fur et à mesure des « accrochages » en conseils municipaux, qui deviendront, avec le temps avançant, une tribune pré-électorale. Enfin, quel sera le devenir de la liste « Unis pour Dinard » dans la perspective de 2020 ?

Le maire nous a dit qu’il allait lancer le projet de la gare, celui du cinéma, faire venir des familles avec enfants … Le débat de 2017 s’est arrêté sur les mêmes questions que celui de 2014, rien de plus. Ce sont hélas ces mêmes questions qui reviendront pour la campagne de … 2020, car malgré tout aucune vraie réponse n’a été apportée par l’équipe qui vient d’être élue.

Le projet de la gare

Jean-Claude Mahé va signer avec Eiffage et la commune recevra un peu plus de 4 millions d’€ dès que le document sera paraphé. Au-delà de savoir ce qu’il y aura réellement de construit du projet initial, que va-t-il faire de cette somme ? Les dépenser en investissement ou rembourser la dette de plus de 22 millions d’€ (une partie en raison de la construction de la médiathèque qui aurait dû être financée par le projet de la Gare) ? Les conserver dans son « bas de laine » pour payer le futur parking souterrain du projet à 7,5 millions d’€ ? Sinon comment compte-t-il le financer ? Et pour quelle utilisation ? Le délestage du centre-ville avec cet équipement me paraît fort peu probable (la plage du Prieuré en est plus près que celle de l’Écluse !) d’autant plus qu’il ne sera pas construit en première tranche et donc ne résout rien en termes de stationnement en centre-ville dans le court/moyen terme. Faudra-t-il un autre parking, ailleurs, mais où ? Sinon quelle solution pour le stationnement dans « l’hyper centre » avec la suppression du projet de MCS ?

Le centre du terrain de la gare au milieu du cercle bleu

(schéma issu du PADD du plan local d’urbanisme PLU en … attente !)

On n’oubliera pas que les travaux liés à ce projet sont importants, et que le quartier et les entrées et sorties de ville vont en subir les nuisances pendant … 10 ans ! Sûr que le projet de la gare s’invitera à la campagne de 2020 !

Le terrain GrDF

L’ancien maire y a créé une ZAD (zone d’aménagement différé). Le POS (plan d’occupation des sols) étant supprimé et le PLU (plan local d’urbanisme) n’ayant pas été réalisé en temps utile, comme je l’avais prévu, les zones de préemptions ont disparu. Pour « sauvegarder » certains terrains des éventuelles spéculations, M. Craveia a mis en place trois ZAD. Ces zones sont donc une préemption qui se « cache », et qui doivent permettre des projets d’intérêt public. Imaginons que GrDF se fatigue des négociations qui traînent et demande l’achat du terrain de la commune, celle-ci devra s’exécuter sous peine de voir ce droit de préemption disparaître et le terrain vendu à un aménageur privé. A-t-on la somme pour payer « rubis sur l’ongle » ? De même, si la commune veut l’acquérir ce sera pour un aménagement public. Or, le cinéma est un projet privé, incompatible avec la protection juridique de la ZAD. Dans l’état actuel, le terrain ne peut recevoir le cinéma. Si la ZAD disparaît dans le cadre d’un achat partiel pour y installer le cinéma, GrDF peut très bien vendre le terrain à un promoteur qui offrirait plus des 2,3 millions d’€ prévu par France domaine pour l’achat par la commune avec l’aide de l’Établissement public foncier (EPF). Qu’en sera-t-il vraiment ? Le maire a annoncé dans son discours d’investiture une nouvelle mairie, à cet emplacement (déjà envisagée avant 2014) ? Avec quel financement ? L’avenir nous le dira, mais nous voilà avec un « serpent de mer » qui nous occupera encore sûrement en … 2020.

Projet actuel dans le cadre des travaux du PLU (OAP centre) réalisé par le maire précédent

Faire revenir la population en particulier des familles

Leitmotiv des différents candidats, cette volonté affichée n’a dans aucun des programmes fait l’objet de propositions concrètes. On va me dire que c’est envisagé sur le terrain des serres municipales, pour l’instant prévu pour le futur hôpital, et sur l’emplacement des ateliers municipaux ! Ne nous voilons pas la face. Ces terrains ne sont toujours pas libres. Il faut d’abord déménager les serres, construire de nouveaux ateliers municipaux …. Où ? Je n’ai pas vu de proposition dans les programmes et donc pas non plus de quand. Prenons l’espace des serres municipales : le terrain ne faisant que 1,2 ha, dans une zone dans laquelle il faut construire avec 70 logements à l’hectare et un minimum de 40 (Programme local de l’habitat, PLH, en cours, en partie confirmé par le Schéma de cohérence territorial, SCoT en fin de révision). Avec 40 logements à l’hectare, les terrains pour des maisons individuelles ne feront que 200 m². Rappelons-nous de cette diapo qui avait fait si « mal » à la liste « Dinard nous réunit » pendant la campagne de 2014 : c’était à « l’époque », 28 logements à l’hectare !

À 200 € le m², le moindre terrain fera 40 000 €. Une maison de 100m² avec la réglementation RT2012 (réglementation thermique, dans le cadre des économies d’énergie, obligatoire), à bas coût, est de l’ordre de 120 000 €. Au total près de 160 000 € : pas facile pour des familles aux revenus peu élevés, avec des taux d’emprunt qui augmentent et une RT2020 qui renchérira encore bientôt le coût de construction. Et surtout, ça ne fait pas beaucoup de nouvelles familles, même avec le terrain des ateliers municipaux, en tout cas pas suffisamment pour redynamiser Dinard, au regard de la moyenne d’âge de la population et du nombre de résidences secondaires. Alors comment le nouveau maire va-t-il faire ? Je ne peux pas vous le dire et d’ici à 2020, je ne pense pas qu’un projet démarrera et bien sûr chacun ira de ses déclarations de bonne volonté pour la prochaine campagne.

Sans parler d’autres sujets qui fâchent

D’autres dossiers ont discrètement disparu « sous le tapis ». Quid du manoir de Port Breton ? La villa Eugénie pourra-t-elle accueillir la maison de la francophonie ? À quel prix en termes d’investissements, mais surtout en termes de budget de fonctionnement ? La ville sera-t-elle capable de prendre cette charge supplémentaire alors que les finances sont en berne et qu’aucune priorité budgétaire n’a été affichée par le nouveau maire ? Pas de réponse. En tout état de cause, au regard des prévisions budgétaires (débat d’orientation budgétaire 2017 et budget primitif 2017), il me parait bien difficile de financer, à la fois, le retour du Festival des jeunes créateurs, un deuxième feu d’artifice, la maison de la Francophonie, … Enfin la zone de la Ville Mauny, elle aussi transformée en ZAD, devrait trouver sa destination finale dans le PLU qui finira bien par sortir en … juin 2018, au plus tôt et … avec un peu de chance. Espérons-le, mais il faudra d’abord que les nouveaux élus se mettent à réfléchir à un projet à long terme pour l’avenir de Dinard, ce qu’ils n’ont pas voulu faire jusqu’à présent pour ne pas affoler le quidam. Je leur souhaite bien du plaisir, car plus ils tarderont plus il leur faudra en assumer les choix en 2020 : « choisir c’est renoncer. Qu’il est difficile et terrifiant de renoncer. » Et un PLU dans une campagne municipale, ce n’est jamais très bon : voir le cas de Saint-Briac en 2014.

Comme vient de le prouver le maire sortant, le plus dur n’est pas d’être élu (il avait eu 55% des voix en 2014), c’est de savoir faire fonctionner la commune et prévoir des projets « viables ». Espérons que cela se passera bien avec la nouvelle équipe malgré toutes les inconnues du programme de « Unis pour Dinard ». Contrairement à ce que dit l’ancien maire dans OF du 3 avril dernier, je pense que Dinard est prête au changement, mais pas avec ses objectifs ni ses méthodes. Souhaitons que M. Mahé sache s’affranchir aussi des méthodes du passé qui nous ont été tant reprochées et qui nous ont fait perdre en 2014. Rendez-vous en 2020. D’ici là, nous resterons vigilants.

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