La presse a rendu compte abondamment de la publication du rapport commandé par la ministre sur l’envasement de la Rance.

Ouest-France du 5 octobre 2017

le rapport des « experts » sur le phénomène d’envasement a été publié à la rentrée. Qu’y lit-on :

Oui il y a envasement, mais « La mission en conclut que l’établissement d’un bilan sédimentaire global n’est pas accessible pour le moment et qu’il est impossible de déterminer quantitativement l’effet du barrage sur l’ensemble de l’estuaire en l’absence de lever bathymétrique homogène, de qualité et à pas de temps régulier et d’outil de modélisation fiable permettant de simuler la situation avec ou sans barrage. » (page 20) Et donc pas sûr que le barrage soit responsable de tout.

À la même page : activités impactées : navigation, baignade, paysages, biodiversité

Page 38 : fonctionnement déficitaire du barrage et page 39 « les quelque 100 M€ d’investissements identifiés dans le cadre du programme de rénovation et d’optimisation de l’aménagement, et actualisés jusqu’en 2043, conduisent à un fonctionnement fortement déficitaire de l’usine marémotrice pendant la période de renouvellement des équipements, voire pendant la période allant jusqu’au terme de la concession ».

Page 40 : « Une contribution d’EDF au plan de gestion, allant au-delà de ses obligations de concessionnaire sur la navigabilité, dépasserait le périmètre initial de la concession et serait de nature à aggraver ce déficit. », même si EDF n’a pas trop forcé pour maintenir la navigabilité (~ 200 000 € en moyenne depuis 50 ans d’après l’avis de l’association Rance-Environnement).

Page 41 : « les actions à privilégier à court et moyen terme

Pendant la période de temps considérée de 2017 à 2023, une phase initiale (4-1) consisterait à réaliser l’opération dite Lyvet 3 (4-1-1) [enlèvement de sédiment au « piège » du Lyvet], à mettre en place la maîtrise d’ouvrage de l’opération expérimentale de gestion sédimentaire(4-1-2), à installer un conseil scientifique formé d’experts internationaux et nationaux pour contribuer à le déterminer et à l’orienter (4-1-3) et à débattre du financement de l’ensemble des actions  correspondantes.  La  seconde  phase  consisterait  à  réaliser  ce  programme expérimental de cinq ans (4-2). »

Page 51 : « Le programme complet de l’expérimentation s’établirait ainsi à 9,5 M€. Les différents partenaires financiers identifiés par la mission sont EDF, la Région, l’Union européenne, l’État, l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, l’Ademe, les départements et les communes concernées. » Rien que pour un programme 2017-2023 ! Comment EDF compte se désengager financièrement.

De toute façon, quelle que soit la clé de répartition, tout sortira de la poche du contribuable, car toutes ces entités sont publiques ou parapubliques ! Sans parler ensuite du coût des autres plans jusqu’en … 2043 … dans un premier temps.

Page 56 : « 6. Recommandation à la DGEC : amorcer la mise au point avec EDF d’un avenant à la concession actualisant les obligations du concessionnaire notamment en matière de navigation dans l’estuaire de la Rance et de gestion des sédiments. » Si possible avant 2023, « pour tenir compte de l’évolution de la navigabilité depuis l’origine de la concession » (page 58), où comment réduire le risque juridique et les effets rétroactifs avant la fin de la période expérimentale et l’arrivée du résultat du comité scientifique !

Si :

  • le barrage est déficitaire ;
  • qu’il ne produit que moins de 0,1 % de la production française d’électricité (500 GWh/an sur un total de 531TWh/an)  et 2,3 % de la consommation bretonne (22TWh/an);
  • Qu’il faut 100 M€ d’investissement sur la période 2011-2043 pour le maintenir en état ;
  • Qu’il faut 10 M€ pour un premier plan d’action jusqu’en 2023 pour retirer 250 000 m3 (au lieu des 750 000 envisagés) et faire une étude scientifique pour maintenir le niveau actuel d’envasement (eh oui, il n’est plus question de désenvaser);
  • Et ensuite sûrement 30 M€ (au minimum) pour la gestion des sédiments jusqu’en 2043 (voire plus s’il y a reconduction de la concession !),
  • Qu’il fournit une énergie intermittente subissant des arrêts dus aux étales de haute mer et de basse mer ainsi qu’aux faibles coefficients aux mortes-eaux (période où le coefficient de marée est inférieur à 70), en gros il ne produit que les ¾ du temps,
  • Que sa technique, même si elle est « mature », est échantillonnaire en France et donc pas reproductible,

Il est peut-être temps d’arrêter les dégâts et les frais, surtout quand on voit toutes les difficultés que crée le barrage, spécialement en termes de circulation routière, tout au long de l’année avec les travaux et encore pire chaque été lors de la saison touristique.

Il serait peut-être temps de prévoir un vrai pont, si possible aussi beau que le viaduc de Millau qui pourrait aussi servir d’attraction touristique puisqu’on avance de plus en plus vers le Parc naturel régional (PNR, voir article OF du 13 octobre) et de remplacer le barrage obsolète par des hydroliennes sûrement aussi efficaces et beaucoup moins pénalisantes pour l’envasement, la navigation, la circulation, la pêche, l’écosystème …

Belvédère de l’aire du Viaduc de Millau (www.tourisme-aveyron.com)

Face à ce constat, la réponse des experts est déjà dans le rapport. Si on arrête le barrage, page 40 :

« Bien qu’à ce jour ni l’État, ni EDF n’envisagent aucunement ce scénario, il convient d’observer que cette hypothèse entraînerait les conséquences économiques suivantes :

  • la disparition d’une production électrique décarbonée de 500 GWh/an, ce qui, pour la région Bretagne, ferait perdre une capacité de production électrique non négligeable, alors qu’elle importe actuellement 85 % de son électricité consommée,
  • la perte pour les collectivités locales, de revenus de l’ordre de 3 M€ dont la nature, ainsi que la répartition, sont données par le tableau 7,
  • la réduction des opérations de maintenance sur le barrage et l’usine, faisant actuellement travailler une vingtaine d’entreprises locales,
  • la disparition du centre de visite de l’UMR avec ses 70 000 visiteurs/an présenterait également dans le domaine du tourisme un impact négatif.»

Bien sûr, ils ne prennent pas en compte le coût de la perte de temps des usagers sur le barrage (30 000 passages par jour en moyenne et 60 000 l’été, à comparer aux … 70 000 visiteurs par an), la pollution due aux moteurs qui tournent lors des embouteillages, la complexité pour avoir des lignes de transport en commun plus régulières et plus nombreuses, pour Dinard, le départ de l’entreprise Georgellin lié aussi au temps perdu par ses camions sur le barrage, …

Alors, on peut continuer à faire « comme avant », mais avec quelles conséquences pour la Rance. Un agriculteur nous donne une réponse : « si rien n’est fait, le site deviendra un polder avec un ruisseau au milieu » (OF du 13 octobre). Et le rapport et le barrage nous ramènent au général de Gaulle. Rappelons sa vision : « … on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. Mais quoi ? Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités ! » (discours du 14 juin 1960, prononcé en autre pour lancer la modernisation de la France)

À quand une réunion des élus locaux de tous bords et de tous niveaux pour étudier sérieusement ce problème de barrage, le coût financier et les vraies alternatives, pour un avenir plus agréable ?

 

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